Mongolie, le Nomad's land

24 octobre 2009

Mongolie, le nomad's land

Depuis quelques années, la simple évocation du nom de "Mongolie" me faisait rêver. En septembre dernier, le rêve est devenu réalité : j'ai enfin pu parcourir les paysages sans borne et incroyablement diversifiés du Pays du Vent, rencontrer ses nomades qui ont érigé la liberté, la générosité et l'hospitalité en véritables piliers d'un art de vivre unique. Ma vision en tant que touriste est sûrement partielle puisque je n'ai pas eu à éprouver la rudesse du climat hivernal ou les difficultés de la vie quotidienne, c'est peut-être pourquoi je comparerais volontiers ce pays à un petit paradis encore relativement préservé des dégâts infligés par l'homme à la nature (urbanisme réduit, routes rares, réserves naturelles nombreuses...).

Je vous propose dans les posts qui suivent le récit de ma découverte du pays tout au long d'un parcours de 3200km allant de la capitale, Oulan-Bator, au désert de Gobi en passant par les forêts du Khövsgol. En route !

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De Paris à Oulan-Bator

Remarque : dans la suite de ce blog, les explications en bleu clair et en italique fournissent des renseignements supplémentaires sur le pays, la vie des habitants ou sur un site historique.

Vendredi 4 septembre 2009

   Le rendez-vous est fixé à 18h au terminal 2E de Roissy Charles de Gaulle. N'étant pas parmi les premiers arrivés, la personne remettant les billets électroniques m'apprend juste que 7 autres personnes font partie de mon voyage.

   A 21h, nous embarquons à bord d'un Boeing de la Korean Airline. Je suis assis à côté du hublot et de Josette, une des membres du groupe. Il me semble que les autres personnes autour de moi font également partie du voyage. Mais je n'en aurais la confirmation que bien plus tard. A bord, les prestations sont de très bonne qualité.  11 heures plus tard, nous atterrissons enfin à Séoul Inchéon pour une escale de plus de 5 heures. La Mongolie, ça se mérite !

Samedi 5 septembre 2009

   Sur place, le temps est dégagé, il fait 27°C. Le terminal où nous nous trouvons est relativement grand et les activités proposées sont diversifiées : duty-free, restaurants, coin Internet gratuit, musée sur la culture coréenne, hôtel, salon de massage, animations (ateliers musicaux, calligraphie, ...). Peu de restaurants acceptant les euros, mon choix n'a pas été trop délicat : il s'agissait d'une sorte de cafétéria où, après avoir passé commande et réglé la note, on vous donne un petit téléphone. Lorsque celui-ci se met à sonner, c'est que vous pouvez aller chercher votre plateau au comptoir. Pour ma part, il s'agissait d'une sorte de pâte à crêpe enroulée autour de riz, le tout copieusement entouré d'une sauce à base de beurre. Pas besoin de plus car on est assez bien nourri dans l'avion.

   Nous prenons un nouvel avion vers 20h10. Je suis désormais à côté de Pascale et Nelly. Cet appareil est par contre moins équipé que le précédent : il n'y a plus d'écran individuel pour suivre le parcours ou regarder un film. Le reste de la prestation est inchangé. Le trajet dure encore 3h30. Nous survolons à nouveau la mer de Chine, Pékin et la Chine et enfin la Mongolie. On en profite pour changer une nouvelle fois de fuseau horaire. En Mongolie, il y a en été 6 heures de décalage par rapport à la France : lorsqu'il est midi à Paris, il est 18h là-bas.

   La Mongolie est un pays grand comme trois fois la France proposant 4 principaux types d'horizons :

  • Au nord, la taïga couvre 12 à 15% du pays. Il s'agit de forêts de conifères : mélèzes, sapins, pins, bouleaux ...
  • Au centre, la steppe représente 52% de la surface du pays. La végétation y est plus clairsemée malgré la présence de nombreuses forêts. Des étendues rocheuses ou volcaniques peuvent s'y rencontrer de temps à autre.
  • Au sud, le Gobi s'étend sur 32% du territoire. Le paysage y est aride, rocheux et poussiéreux. Les dunes ne s'étendent que sur 3% de ce désert.
  • Enfin, l'Altaï est situé à l'ouest. C'est le seul type de contrées non traversées durant notre circuit : les lacs et les montagnes y sont très répandus, l'aridité et la rocaille caractéristique.

   Nous atterrissons à 22h40, il fait 4°C dehors. Nous sommes accueillis par Onon qui se présente comme étant notre "guide pour la campagne". Pour rallier le centre à 18km de l'aéroport Chinggis Han, nous prenons un petit bus d'une quinzaine de places. Celui-ci emprunte une route asphaltée pas toujours en très bon état et avec de bons nids de poule. Nous passons devant la centrale de charbon qui alimente la capitale et sa banlieue. Elle pollue l'air de la ville d'où en plein jour un léger voile jaunâtre (mais comme il fait nuit noire ...). Les citadins cherchent donc à s'en préserver en allant à la campagne dès que l'occasion se présente. L'éclairage public est quasi inexistant, mieux vaut donc ne pas trop traîner dans les rues. Les pubs et karaokés me semblent assez nombreux.

   Nous parvenons finalement au Kharaa Hôtel. Celui-ci est confortable même si l'on prend en compte nos standards. Pour nous, c'est la seule nuit en hôtel de notre séjour. Mais plutôt que de sombrer directement dans le sommeil, je préfère prendre le temps de faire connaissance avec la personne qui partage ma chambre puis ma tente sur ce séjour: il s'agit d'Antoine. Après une douche (la dernière avant ... ?) et avoir échangé nos premières impressions, nous finissons par nous endormir.

  Pour terminer ce post, quelques données supplémentaires sur ce pays :

  • 2,7 millions d'habitants le peuplent dont officiellement 800 000 dans l'agglomération d'Oulan Bator. Ces dernières années, la population de la capitale a cependant eu tendance à augmenter (d'où le "officiellement") car de nombreux éleveurs ayant perdu leurs troupeaux suite aux caprices du climat, se sont réfugiés en ville.
  • La capitale se situe à une altitude de 1351m d'altitude au creux d'un bassin entouré par 4 montagnes. Elle est traversée par deux rivières : la Tuul et la Selbe.

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25 octobre 2009

Oulan Bator, ville aux multiples visages

Dimanche 6 septembre

   Lever à 8h. Pour le petit déjeuner, un serveur nous apporte les plats à table : petit déjeuner continental en quelque sorte avec une omelette, des légumes ... A 8h30, l'heure du départ sonne. Devant l'hôtel sont rangées 2 fourgonnettes pour 4 personnes : 2 Mitsubishi Delica L300 et L400. La première est conduite par Nergui, la seconde par Erka. J'opte au hasard pour celle de Nergui que je partage avec Nelly, Pascale et Josette. Onon montera tout au long du voyage dans l'un ou l'autre des véhicules, alternant tous les jours. Nous marquons une première halte dans un bureau de change qui ne paie pas de mine : de l'extérieur, rien ne laisse supposer la fonction du bâtiment. A l'intérieur, une sorte de guichet de banque. Plusieurs mongols nous passent devant sans respecter la queue puis vient notre tour de faire crépiter la calculette du cambiste. Chacun de nous se retrouve rapidement en possession d'une grosse liasse de billets comme jamais je n'ai eu. Et pour cause : 1€=2000 tügrik. De plus, les pièces n'existent pas dans ce pays.

   Nous prenons ensuite la direction du Monastère de Gandan. Celui-ci fut déplacé à son emplacement actuel par le cinquième Bogd Han (chef spirituel et politique) en 1838. Pendant près d'un siècle, un grand cercle de yourtes entourait une dizaine de temples. C'est de là que lui vient son appellation actuelle :  "Le Cercle". Au cours de ce siècle, il devint un important centre d'étude et de pratique des enseignements du Bouddha. Il compta jusqu'à 5000 moines. Mais en 1938, les communistes s'acharnèrent contre les religieux : les moines furent tués, emprisonnés ou enrôlés de force dans l'armée, 5 temples furent détruits et les autres servirent aux troupes russes ou à leurs chevaux. En 1944, il fut rouvert mais strictement encadré par le pouvoir. Il compte désormais 900 moines et depuis les années 70, de nouveaux bâtiments ont été ajoutés au complexe : des universités et facultés.

Notre visite commence par le franchissement d'une porte de style chinois.

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Nous obliquons alors sur la droite et passons entre deux grands moulins à prières.

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Ceux-ci précédent l'entrée dans le complexe de Gandan et de ses 5 bâtiments principaux :

  • à gauche, en entrant, la bibliothèque. Elle contient environ 1 million de sutras en mongol, tibétain et sanskrit en plus des 60 000 textes bouddhiques de Mongolie.

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  • à droite, le temple Dedanpovran construit en terre et en brique et ayant hébergé le 13ème dalaï lama.

  • derrière ce dernier, la grande ger ou grande yourte (yourte vient du russe tandis que ger est le terme mongol). Les fidèles venant au temple y passent forcément pour récupérer une prière. Ceux-ci le portent ensuite à un moine pour qu'il en fasse la lecture devant eux. Si le fidèle passe l'après-midi, les moines ont changé d'activité. Il faut donc laisser sa prière qui sera lue le lendemain matin.

  • en face de cette yourte, le temple de Gandan. Sur le mur de gauche, 108 volumes écrits à l'encre d'or au 14ème siècle. En face, une grande statue du Bouddha construite à l'occasion des 2 500 ans de sa mort. Les portraits des 8 Bogd Khans sont également présentés. Sur le mur de droite, des statues dorés du Bouddha de longévité Amitâyus.

  • enfin, au nord-est du complexe, le temple Vajradhara. En son sein, un groupe de jeunes moines récite à la chaîne une litanie de prières. Autour de ce temple se trouvent un grand nombre de moulins à prières qu'il faut mettre en mouvement dans le sens des aiguilles d'une montre. Les fidèles collent également sur ces moulins le nom des défunts. Ainsi, lorsqu'ils entrent en mouvement, une prière pour le défunt est réalisée.

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Devant ce dernier temple, une statue représente des animaux empilés. Celle-ci permet de délivrer un enseignement aux pèlerins. Aucun des animaux représentés ne parvient à atteindre seul les fruits de l'arbre tandis qu'en s'associant, la cueillette devient possible. Les vertus d'entraide et de solidarité sont ainsi mises en avant. Cet enseignement peut se présenter sous une autre forme. Une mère a 5 fils. A chacun d'eux, elle donne une flèche et leur demande de la briser. Ils y parviennent sans peine. Elle leur en tend alors 5 à chacun et leur demande de faire de même. Aucun des enfants ne peut casser le faisceau. Cela signifie que, seul, on est vulnérable alors qu'ensemble on est invincible.

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   Nous sortons alors du complexe principal pour aller jusqu'au Megjid Janraisig, un édifice de style tibétain surmonté d'un pavillon chinois. Devant et autour de celui-ci se dressent plusieurs stupas agrémentés de moulins à prières. En déposant une prière au pied du stupa et en en faisant le tour, elle se réalise. Ce temple abrite notamment une statue en or et en pierres précieuses de 26,5 m de haut représentant le Bouddha de compassion. Il est entouré de 1 000 statuettes d'Amitâyus, symbole de longévité. A quelques mètres au-dessus de l'entrée, on peut voir une roue dorée flanquée de deux biches. Elle symbolise le dharma, l'enseignement de Bouddha et les disciples qui l'écoutent. Cette représentation est très fréquente dans la symbolique bouddhiste.

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Ce temple fut construit en 1911 au temps du huitième et dernier Bogd Khan. A sa droite, 2 datsan construits par les second et quatrième Bogd Khan. De l'autre côté, l'université bouddhiste de Mongolie délivre un diplôme après 4 années d'études et se compose de 2 départements : les sciences internes (philosophie bouddhique et chant) et le savoir commun (anglais, tibétain, sanskrit, médecine traditionnelle et astrologie).

   Nous nous dirigeons ensuite vers la place Sükhbaatar, la place centrale d'Oulan-Bator. En 1921, Damdiny Sükhbaatar, le héros de la révolution, y proclama l'indépendance de la Mongolie et délivra ainsi le pays du joug mandchou. En son centre trône sa statue montée sur un cheval et nous saluant du bras.

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Au nord de la place s'étire le Parlement. La vaste colonnade jugée trop communiste a été modernisée au cours des dernières décennies avec une façade en verre. Au centre de l'édifice trône une statue monumentale du plus grand et célèbre personnage mongol : Chinggis Han. Celui-ci se tailla le plus grand empire ayant jamais existé depuis les portes de l'Europe jusqu'à la Corée.

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Sur sa droite, un centre culturel puis l'opéra et un immeuble en verre encore non occupé si ce n'est par une firme de luxe française.

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Sur sa gauche, la mairie, la bourse et la Poste (en jaune) sont les principaux édifices.

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Enfin, au sud, se dresse une autre tour en verre. Cette place est donc à l'image de la ville un immense mélange de styles architecturaux divers : occidental, soviétique, chinois et tibétain. Elle symbolise une ville en pleine effervescence et changeant à un rythme soutenu (comme en témoignent les grues). Il est d'ailleurs fort à parier que d'ici 10 ans, elle présentera déjà un tout autre visage.

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   Nous gagnons ensuite les hauteurs de la ville. Sur deux collines, un portrait géant de Chinggis Han et le Soyombo, le symbole du drapeau mongol.

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Si l'on détaille le Soyombo de haut en bas :

  • une flamme, symbole du feu, élément purificateur très important dans le foyer : on y cuit les aliments mais n'y jette pas les déchets

  • le soleil et la lune au-dessous

  • les triangles pointés vers le bas font office de protection contre les mauvais esprits pour qu'ils n'osent pas venir par le haut (le ciel)  et qu'ils repartent vers le bas (les enfers)

  • les deux rectangles horizontaux situés soit au-dessus soit au-dessous des triangles précédents servent de murs protecteurs à la Mongolie

  • ils encadrent les symboles du yin et du yang

  • enfin, les deux rectangles verticaux schématisent les piliers de la yourte. L'espace entre ceux-ci est sacré et ne doit en aucun cas être traversé.

Le nouveau drapeau mongol ci-dessous (sur lequel figure le Soyombo) remplace l'ancien. Lorsque le tissu n'existait pas, le drapeau était constitué de 9 étendards gengiskhanides desquels pendaient des queues de yaks blanches.

Drapeau_de_Mongolie

Nous marquons une première halte à mi-hauteur de la colline sur laquelle est juché le monument de Zaisan. De là, un vaste panorama sur la capitale s'offre aux badauds : au premier plan, les édifices en construction; plus loin, la place Sükhbaatar ou les usines productrices d'énergie; au fond et à flanc de collines, un enchevêtrement de yourtes où la population s'est rapidement entassée. En effet, en 2000 et 2001, le pays a connu deux gros zuud. Il s'agit de sécheresses estivales suivies de fortes averses de neige (ou de gelées extrêmes). Les troupeaux affamés sont alors décimés et les éleveurs, ruinés, sont contraints de migrer vers les faubourgs d'Oulan-Bator, dans ces amas de tentes blanches sans grand aménagement public (ni eau courante, ni lumière ...). En général, le zuud décime chaque année 2% du cheptel. Mais ces années-là, cette proportion atteignît 10% et 14% sur les 47 millions de bêtes que compte le pays.

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Dans ces quartiers périphériques, le chômage atteint des sommets : 40% contre 25% dans les grandes villes mongoles et 11% dans les villes de campagne. Si l'on considère l'ensemble des actifs, il tombe même à 8% (les nomades ont tous du travail).

   Nous gravissons ensuite les marches conduisant au sommet, à l'édifice en béton construit en l'honneur des russes. Par 2 fois, ceux-ci ont en effet prêté main forte à la nation mongole. L'édifice consiste en une sorte d'anneau dont l'intérieur est couvert d'un carrelage coloré d'inspiration soviétique. Le tout est maintenu en hauteur par un pilier en béton perpendiculaire au sol.

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Derrière cette colline, des immeubles multicolores, une école privée, une prison pour adolescent et un camp de touristes entrent dans le champ de vision :

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Nous réempruntons l'escalier dans l'autre sens et descendons toute la colline. A ses pieds, un tank T-34 symbolise le soutien de la Mongolie à l'Armée Rouge durant la seconde guerre mondiale, notamment par la fourniture d'une brigade de chars.

   Sur le terrain voisin se trouve un gigantesque Bouddha doré : la statue de Megjid Janraisig construite en 2005 et semblable à celle du monastère de Gandan vue plus tôt dans la matinée. Un peu en avant de celle-ci, deux moulins à prières investis par des familles. Cet espace est probablement un jardin public : des gens sont assis sur des bancs et nous regardent passer.

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   N'étant pas très prévoyant, j'impose ensuite une halte à la banque pour remplumer un peu plus mon portefeuille (au cas où) car j'étais parti de France assez "léger" et mon change de ce matin était plutôt limité.

   Nous rejoignons alors un restaurant orienté vers une clientèle touristique. Celui-ci est très bien achalandé et des cuisiniers assurent le spectacle : à l'aide de lames d'acier, ils envoient valser dans les airs les mets que vous leur avez confiés pour la cuisson. Seul le buffet dessert est réduit, les mongols n'en consommant pas ou peu. Nous nous sommes donc limités à quelques gâteaux secs. Chez les mongols, un repas se compose généralement d'un plat unique avec du thé. En revanche, les desserts, les aliments crus et l'eau sont inconnus ou écartés même si le développement du tourisme contribue parfois à changer un peu les habitudes. Les fruits sont relativement rares : pommes et pastèques sont cultivées dans le pays et la cueillette de baies sauvages enrichie l'offre locale. Les pignons de pin sont également appréciés. Le reste est importé de Chine. Le déjeuner se prend généralement vers 13-14h et le dîner vers 19-20h. A la campagne, les heures sont davantage dictées par les activités.

   Le programme du reste de la journée est bouleversé pour tenir le planning. En effet, les touristes arrivent habituellement beaucoup plus tôt car ils passent par Moscou (Aeroflot). Etant allés en Corée du Sud, nous avons déjà une demi-journée de retard sur le programme de notre guide. Nous devons donc quitter la capitale dès la fin du déjeuner. Seul avantage : nous avons évité des soucis de bagages paraît-il fréquents sur les vols russes.

Après déjeuner, nous partons donc en direction du nord sur une portion de route bitumée. De ci de là, quelques nids de poule engendrés par le froid et la neige préfigurent de notre futur quotidien. Pendant quelques temps encore, en quittant la capitale, nous apercevons les constellations de yourtes des quartiers "pauvres". Régulièrement, nous croisons des éleveurs en train de dénombrer leur troupeau soit en les rabattant vers un obstacle (palissade en bois) soit en utilisant des enclos (corral).

Un grand portique marqué "Ulaan Baatar" et ressemblant à un péage indique la sortie de cette province.

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La Mongolie compte en effet 18 provinces et 3 municipalités autonomes (Choïr, Darhan et Erdenet) en plus d'Oulan-Bator. Celles-ci sont appelées aimag. Elles se divisent en 331 districts ruraux, les sum; eux-mêmes décomposés en bag ("petits").

Une fois franchi, nous nous garons à proximité d'une épicerie où nous retrouvons la 3ème camionnette du voyage, un UAZ russe. Celui-ci transportera les tentes, l'équipement, l'eau et quelques sacs. A son bord, Baska et Tuya, notre troisième chauffeur et notre cuisinière. Les emplettes sont de courte durée : surtout de l'eau en bouteille.

   

   Nous reprenons alors la route mais désormais à la campagne, une campagne très vallonnée et verte. De temps à autre, une yourte se dessine au loin rompant la relative uniformité du paysage. Par contre, rares sont les vallées où le bétail est absent : chèvres, moutons et vaches en abondance, plus rarement quelques yaks. L'élevage des "5 museaux" (moutons, chèvres, bovins, chevaux et chameaux) est répandu dans toute cette nation de nomades essentiellement en tant qu'activité de subsistance. L'alimentation est en grande partie importée de Chine ou de Russie où les prix pratiqués sont moindres, les difficultés d'acheminement des marchandises et des matières premières mongoles les rendant trop chères. La qualité de ces produits étrangers est cependant bien moindre : couleurs fades, insipidité, cuisson plus difficile, ... Ils sont achetés en masse l'été et stockés pour l'hiver où l'import est rendu plus difficile par le climat.

Survolant ces vastes étendues, des vautours et des grues animent un ciel totalement dégagé.

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   Plus au nord, le paysage évolue : place à une Mongolie agricole avec des champs bicolores formés de nombreuses bandes de même largeur. Une jaune, une marron, une jaune ...  40% des réserves de céréales (blé, orge, avoine, soja, maïs ...) du pays se trouvent effectivement dans une zone ne couvrant qu'1% du territoire !

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Cette modification de "décor" s'opère tout en suivant notre fil directeur depuis Oulan Bator : les rails du Transmongolien qui vont dans la même direction que nous. Ce train fonctionne toute l'année. Depuis la capitale, il relie en 24 heures la frontière russe comme la frontière chinoise. Le capital de cette compagnie étant pour moitié mongol et pour moitié russe, son dirigeant change tous les un ou deux ans. C'est un moyen de transport plutôt bon marché coûtant 5000 tugrik (2,5€) le voyage. Nombre de commerçants l'empruntent donc pour aller s'approvisionner aux villes frontalières.

   En fin d'après-midi, nous bifurquons soudainement sur la gauche peu avant Darhan. Nous quittons ainsi l'axe principal vers la Russie. Le vent s'est à présent levé, le soleil descend dans le ciel. 18h. L'heure de chercher un premier bivouac pour être totalement installé avant la tombée de la nuit. Nous nous arrêtons dans une vaste plaine près d'un petit bosquet et bien à l'écart de la route. Rapidement, le montage des tentes commence. Pour ce premier jour, nous sommes assistés par l'équipe locale ce qui permet d'être beaucoup plus efficace. Personnellement, ma prestation n'est pas mémorable. Pendant que nous prenons possession de nos tentes (installation des matelas et des sacs), l'équipe locale monte la tente mess et la tente cuisine. La cuisine est tout aussi rondement menée. N'ayant pas de point d'eau dans les environs pour la toilette, nous gagnons rapidement la tente mess pour le repas. La nuit tombe rapidement laissant la place à une magnifique voie lactée que nous ne pouvons plus apprécier dans nos villes en Europe.

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Le vent s'intensifie peu à peu et la température chute à 3°C environ. Rien de tel pour nous motiver à aller dans nos duvets malgré l'heure fort peu avancée. Le froid ne m'a pas gêné de la nuit contrairement au vent qui vient  frapper de plein fouet la toile des tentes. Il n'a été que 2 fois plus fort au cours du circuit mais rien de bien extraordinaire pour le "Pays du Vent", beaucoup plus pour nous qui dormons dans des "bunkers" en brique !

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27 octobre 2009

Entre animisme et bouddhisme

Lundi 7 septembre 2009

   Le petit déjeuner est servi à 7h30. Libre à chacun de s'organiser pour être prêt à temps. Au menu, petit déjeuner continental avec omelette et saucisse. Nous goûtons également pour la première fois au thé mongol, le süütii tsai, un thé salé au lait de jument. Seconde étape de la journée, le démontage de la tente, activité qui a souvent été rapidement exécutée à cause du froid ambiant le matin. Enfin, le départ est précédé de la distribution d'eau bouillie pour la journée.

   En attendant que l'équipe locale ait déjeuné et démonté le reste du camps, nous sommes partis en marchant à travers la vaste plaine herbeuse. Nous avons d'abord aperçu les premières yourtes.

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En passant à proximité de l'une d'elles, un éleveur et son fils sont venus à notre rencontre. Ils sont à la tête d'un troupeau de 650 bêtes comprenant 4 des 5 museaux (manquent les chameaux plutôt localisés dans le Gobi, quoi que ...). 

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Seule Onon, notre guide, converse avec eux car l'anglais est très peu répandu en Mongolie et que nous ne parlons ni russe, ni mongol. Le mongol est une langue altaïque présentant des similarités avec le turc, le japonais et le coréen. A l'origine, l'écriture comportait 26 lettres et était horizontale. Sous l'"influence" russe, le cyrillique a été adopté en remplacement et la langue a évolué. En Mongolie Intérieure (Chine), un dialecte proche de l'original survit et utilise des expressions plus imagées. En Mongolie, il n'est pas rare que des lettres voire des syllabes entières disparaissent à l'oral (ex : "Bayarlalaa" qui signifie merci et se prononce "bayartla"). A l'école, le russe était jusqu'en 1992, la seconde langue obligatoire. Elle est donc encore bien maîtrisée dans les campagnes. Mais depuis lors, l'anglais prend progressivement le dessus.

En continuant  notre marche, Onon nous dispense son "enseignement" (les parties en bleu dans mes posts) : elle nous donne tout un tas de détails sur de nombreux aspects de la vie quotidienne, du nomadisme ... MERCI ONON ! Un peu plus loin, nous retrouvons la route mais la longeons en contrebas. La circulation est exceptionnelle/rarissime. Tout à coup, surgissent de nulle part 2 cavaliers qui se dirigent vers nous. Après échange de quelques mots, nous demandons leur accord pour les prendre en photo. "Oui, mais nous ne sommes pas bien habillés". Nous : "Mais si ! Et ne vous en faites pas, nous ne prendrons que les chevaux !"

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Sur la première photo, le cavalier de droite porte la deel, la tenue traditionnelle. Il en existe une pour l'hiver et une pour l'été (parfois à manches courtes). Elles sont confectionnées en général avec du feutre, du coton ou de la soie pour les plus riches. L'usage du cuir est plus rare. Une ceinture en tissu de plusieurs mètres, souvent jaune (photo), verte ou orange, enserre la taille. L'apparence est généralement soignée et complétée par une tabatière et un couteau. Lors des visites ou des rencontres, les nomades peuvent "échanger" leurs tabatières et le style de celles-ci témoigne de leur statut et de leur prestige.

Après avoir été photographié par 8 touristes, l'un des deux cavaliers détalle au galop tandis que son acolyte se contente de traverser la route pour rejoindre son troupeau.

   Les véhicules ne tardent alors plus à nous rattraper. Nous empruntons d'abord le long ruban asphalté puis bifurquons sur la droite. Nous entamons ainsi notre première piste du voyage ce qui n'est pas très sensationnel dans ce pays où seuls 2% des 50 000 km de chaussées sont bitumés. Après quelques kilomètres, nous parvenons à un cairn appelé là-bas ovoo. Ceux-ci sont souvent positionnés sur les hauteurs. Il est de coutume soit de les contourner par la gauche, soit de s'y arrêter. Dans le second cas, il faut ramasser 3 pierres et les lancer sur le tas tout en accomplissant 3 tours complets dans le sens des aiguilles d'une montre. Les esprits protégeront alors notre voyage. Il est également possible de faire un voeu ou une prière. "Pourquoi trois pierre et pas une seule ?" Onon : "Car une pierre, ce n'est rien. 2 pierres c'est un cadeau mais on n'offre jamais un seul cadeau, d'où le troisième caillou".

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Nous avons cependant probablement fait preuve de peu de convictions dans cette tâche car les esprits nous ont rapidement joué un mauvais tour. Quelques minutes plus tard, le Mitsubishi d'Erka s'arrête sur le bord de la piste pour réparer le roulement à billes d'une des roues. Nous en profitons pour faire un tour dans les environs soit vers les bergeries, soit vers les sommets pour avoir un panorama sur les environs.

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Je choisis la seconde solution. Durant la montée, nous rencontrons sur le chemin de nombreux edelweiss. Arrivés au sommet, la vue porte sur les vallées et les champs des alentours.

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Une fois  revenus près des véhicules, le dysfonctionnement est presque réparé. Nous longeons donc la piste à pied avant d'être repris par notre convoi. Une dizaine de kilomètres plus loin, nous atteignons une vaste vallée appelée Iven Gol avec de nombreuses yourtes et du bétail. Au fond de celle-ci se trouve le monastère d'Amarbayansgalant ou "monastère de la félicité tranquille".

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Pendant que Tuya prépare le déjeuner, nous allons visiter ce site très réputé dans le pays. Il a été construit entre 1727 et 1736 par l'empereur mandchou pour abriter les reliques du premier Bogd Han (chef spirituel et religieux) Zanabazar mort à Pékin. Il abritait  au temps de sa splendeur 7 collèges en doctrine, astrologie, médecine et ésotérisme. Il a échappé à la destruction en 1937, date où les soviétiques détruisirent de nombreux monastères et tuèrent nombre de moines. Il compte aujourd'hui une trentaine de moines.

Dressé quelques mètres devant l'édifice religieux, un pan de mur protège le lieu sacré contre les mauvais esprits.

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Le style architectural est plutôt chinois, le financement ayant été manchou. Pour la visite, un moinillon nous sert de guide. Les temples étant tous fermés, il se sert de son trousseau pour ouvrir les cadenas bloquant les lourdes portes en bois. La visite commence par la Grande Salle d'Assemblée, un lieu de prière comprenant 108 colonnes réparties sur 2 étages. Au fond de celle-ci, une statue dorée en l'honneur de l'initiateur du bouddhisme des bonnets jaunes (le courant répandu en Mongolie et venant du Tibet). Elle est encadrée de chaque côté par 500 statuettes de cette même personne. De nombreuses offrandes, monétaires ou alimentaires, se trouvent également dans la pièce principale.

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Derrière cette première construction, 3 autres se dressent. De droite à gauche :

  • le Temple du Mandala qui abritait autrefois le mausolée du 4ème Bogd Han

  • au centre, le temple de Shâkyamuni contenant une statue de Bouddha médecin avec deux élèves et 16 autres disciples à ses côtés.

  • le Temple d'Amitâyus, l'ancien mausolée du premier Bogd Han Zanabazar. Il reste aujourd'hui dans celui-ci juste la terre d'origine. L'édifice abrite également une statue de ce personnage et des tapisseries illustrées.

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Enfin, nous achevons la visite avec le monastère des 10 gardiens (dont une femme). Leur allure sévère permet de chasser les mauvais esprits et de protéger ainsi le monde.

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Comme à Gandan, on remarque au-dessus des différents temples une statue dorée représentant un disque entouré d'une biche et d'un cerf. Il s'agit en réalité de la Roue de la Vérité qui diffuse les enseignements du Bouddha aux 4 coins du monde. Les deux cervidés correspondent à ses deux premiers auditeurs.

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   La visité achevée, nous repartons à pied vers le lieu de pique-nique. Sur notre chemin, plein de petits rongeurs, semblables à des écureuils, gambadent sur la piste et dans les herbes. Il s'agit de sousliks. Nous prenons notre déjeuner au bord d'un ruisseau entourés de troupeaux de vaches et de chevaux.

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Cette "formalité" accomplie, nous pouvons partir pour une petite marche en attendant que le convoi ne nous rattrape. 1ère étape : traverser le ruisseau qui est plutôt une petite rivière si l'on se fie à sa largeur. Il n'y a pas vraiment d'endroit idéal pour traverser. Certains optent pour un bon détour en remontant le cours d'eau. Je préfère personnellement traverser là où nous sommes (au prix d'un bain de pied non désiré).

Avec Antoine, nous avons ainsi le temps de retraverser la vallée d'Iven Gol, de croiser un nomade à cheval et d'atteindre un ovoo ainsi qu'un moulin à prières mû par le vent.

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Au pied de celui-ci, un tas de déchets nous rappelle qu'ici il n'y a ni décharge, ni ramassage d'ordures. La plupart des déchets finissent donc dans la nature. Toutefois, il ne faut pas considérer pour autant les mongols comme irrespectueux de leur environnement car il est des domaines où ils auraient beaucoup à nous apprendre comme la préservation des cours d'eau. Par ailleurs, ce pays a d'autres urgences auxquelles il doit faire face avant de songer à régler le problème des déchets : l'autosuffisance alimentaire ou énergétique est encore loin d'être une réalité et 36% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté (15€ par mois et par personne)! Enfin, la quantité de détritus jetés en pleine nature n'est rien en comparaison de ce que nous rejetons chaque jour dans nos pays.

   Nous montons alors chacun dans notre véhicule et reprenons la même piste que ce matin mais en sens inverse. Nous retrouvons également l'asphalte là où nous l'avions laissée. Les longues lignes droites se succèdent jusqu'à un col. Au sommet de celui-ci, nous marquons un nouvel arrêt et pour cause : à quelques mètres au-dessus de la route se dressent 2 ovoos. Le plus haut est même doté d'une statuette à laquelle ont été adressées des offrandes. Il est également ceint de nombreuses écharpes de soie de couleur vive, les khadag. La vue sur les environs est extrêmement dégagée. On peut par exemple voir les champs de céréales ou les poteaux électriques alignés au cordeau. C'est une constante dans ce pays.

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Protégés par les ovoos pour le reste de notre route (du jour), nous pouvons repartir tranquillement. Comme la veille, le déclin du soleil nous invite à nous arrêter pour la nuit. Nous quittons subitement la route, passons devant une bergerie, puis escaladons en véhicule une colline. C'est au sommet de celle-ci que nous établissons notre bivouac du jour. Fort de l'expérience de la veille, le montage de la tente est plus rapide. Un premier tour dans les environs permet de constater l'absence totale d'eau et de voisin. La douche à l'eau courante n'est donc pas pour ce soir ! Je rejoins Antoine pour un second tour; nous décidons de grimper sur les hauteurs. Le coin est riche en tombes turques : un amas de cailloux recouvrant la dépouille (ou ce qu'il en reste) et un périmètre sacré c'est-à-dire un rectangle dont la bordure est délimitée par des pierres. A chaque coin, une pierre dressée plus grande et plus haute que celles du reste du périmètre. De temps à autre, des cercles de pierres ont également été "tracés" à proximité comme pour y faire un feu.

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Du sommet, la vue est très dégagée. Tout autour de nous, une mer dont les collines seraient les crêtes des vagues. En ajoutant à cela le coucher de soleil, l'endroit est réellement magnifique. Et comme en mer, un vent (moins fort que celui de la veille) vient nous fouetter le visage.

Avant d'aller dormir, nous nous accordons une première petite veillée à la bougie. Un autre temps que je n'ai pas connu mais le confort moderne ne me manque absolument pas! Cette nuit a d'ailleurs été bien meilleure que la précédente.

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29 octobre 2009

Tranches de vie en ville et à la campagne

Mardi 8 septembre 2009

   Comme tous les jours, le petit-déjeuner est servi à 7h30. Cela me laisse juste assez de temps pour assister au lever du soleil. Au menu ce matin, des beignets mongols. Ils sont excellents. Tuya, notre cuisinière, a vraiment un don car, en France, je n'en aurais jamais mangé un seul : je déteste les beignets. C'est dire son talent ! Après ce repas, Tuya fait quotidiennement une offrande de nourriture à la terre et au ciel. Le rituel matinal se poursuit avec le démontage de la tente, la distribution d'eau potable pour la journée puis la marche. Peu à peu des champs apparaissent des deux côtés de la route.

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Onon profite de la marche pour nous parler de la vie dans son pays. Voici les grandes étapes de la vie :

  • L'allaitement au sein est systématique sauf contre-indication. Ce lait permet également de soigner certains maux chez les adultes. Le bébé est enveloppé dans un lange jusqu'à ses 6 mois.

  • A 3 ans environ se tient la cérémonie du rasage de la tête qui est suivie de cadeaux comme lors de l'anniversaire. Dès cette célébration, les enfants acquièrent du bétail. Leurs parents sélectionnent des bêtes du troupeau et leur attachent autour du cou une écharpe de couleur bleue. Celle-ci indique qu'il ne faut pas toucher l'animal car celui-ci mourra de vieillesse. Dans tous les cas, il est alors considéré comme "sacré" et appartenant aux enfants.

  • A partir de 4/5 ans, les enfants commencent à monter à cheval et peuvent prendre part aux courses du Naadam.
  • L'école devient obligatoire à partir de 6 ans contre 7 ou 8 ans auparavant. La scolarité dure pendant 12 ans qui peuvent être prolongés pour atteindre le bac en 4 ans. La moitié de la journée est consacrée aux cours, l'autre moitié au sport ou à aider les parents dans les tâches quotidiennes. Au milieu des cours, un goûter est servi dans les écoles. Il ne comprend que des laitages car la viande a posé des problèmes sanitaires par le passé. Il existe deux types d'école : le public qui est gratuit mais mal équipé et le privé pour lequel les frais de scolarité peuvent être exorbitants. Certains poursuivent leurs études après le bac, mais de plus en plus d'étudiants rentrent sur le marché du travail et changent totalement de domaine du fait des difficultés pour trouver un emploi.
  • Le service militaire durait 3 ans il y a encore quelques années. Désormais, il s'étale sur un an et demi. Il est régulièrement effectué à l'étranger car les revenus sont alors plus importants. En cas d'études prolongées, il doit être effectué avant 28 ans.
  • De nombreux jeunes hommes vont également en Corée pour gagner de l'argent avant de se marier. Le salaire mongol est en effet relativement bas : au minimum, il tourne autour de 40 à 50€ et le salaire moyen est compris entre 100 et 150€. Les congés annuels s'élèvent à 3 semaines (15 jours ouvrés) auxquelles s'ajoute la récupération. Comme en France, l'ancienneté est récompensée par des jours supplémentaires.
  • D'autres jeunes privilégient les monastères pour recevoir une éducation (également à partir de 6 ans). Ils accumulent ainsi des mérites pour leur prochaine vie. Les phénomènes décrits dans les deux derniers points retardent le mariage voire le rendent inconcevable. La seconde raison exposée ici a d'ailleurs contribué à un déclin de la population au début du siècle dernier.
  • Le mariage traditionnel : vers ses 10 ans, les parents du jeune homme vont voir ceux de la jeune fille pour la demande en mariage. On procède alors rapidement aux fiançailles, le mariage ayant lieu à l'âge adulte. Une alternative plus courante : le jeune homme se rend chez la famille de la personne qu'il souhaite demander en mariage en se faisant accompagner de deux autres hommes. Il remet  un tissu blanc à ceux qui les reçoivent en signe de sa demande. Si une personne de l'autre famille refuse ce linge, le mariage est refusé. La famille du garçon paie en général la dot sauf si celle de la fille est plus riche. On consulte également un moine pour savoir si la date retenue pour le mariage est favorable ou pas et pour s'assurer que les signes astrologiques soient compatibles. Dans le cas contraire, une prière dite par le moine permet de passer outre les mauvais auspices. Le mariage s'étale sur 3 jours : le premier pour la cérémonie, les deux suivants pour les repas. A la campagne, les mariés portent la deel tandis qu'en ville, la tenue occidentale est plus répandue. Le mariage sans le consentement des parents explose en ville de même que le divorce. La campagne, plus conservatrice, le rejette. Enfin, en cas de naissance hors mariage, il devient obligatoire de s'unir pour les deux parents (du moins dans l'ancien temps ...).
  • L'espérance de vie atteint actuellement 60 ans pour les hommes et 65 ans pour les femmes.
  • La cérémonie d'enterrement rassemble tous les proches du défunt. 49 jours plus tard, une nouvelle cérémonie a lieu avec les enfants et les chiens. En effet, le chien est considéré comme la dernière réincarnation avant la vie d'homme. D'ailleurs, quand un chien meurt, on coupe sa queue pour qu'il devienne un être humain dans sa vie suivante.

   Rattrapés après 1h30 par nos véhicules, nous filons sur Erdenet (1000m d'altitude). A l'entrée de cette ville de 75 000 habitants, nous nous arrêtons à la station-service. Un employé vient faire le plein. Pendant ce temps, nous sommes attirés par les environs : derrière la station, des cuves permettent le stockage du charbon et non pas du pétrole.

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De l'autre côté, une immense mine de cuivre à ciel ouvert balafre le paysage. Il s'agit de la troisième plus grande mine de au monde exploitée depuis 1973.  S'y ajoute un pipeline apportant du gaz à la ville. Quant à cette dernière, un imposant bâtiment vert s'en détache : l'usine d'extraction du minerai. C'est la plus grande usine de Mongolie à l'heure actuelle et une des plus grandes du monde, une sorte de seconde ville dans la ville, employant 6 000 personnes des environs. L'export de ce matériau représente en effet près de 30% des exportations mongoles.

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   Nous marquons quelques arrêts en ville. D'abord à la poste devant laquelle le personnel municipal dessine les passages cloutés :

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Nous rejoignons ensuite le marché. Dès notre sortie des véhicules, un vendeur dans son pick-up blanc nous interpelle. Il veut nous faire déguster de l'airag, la boisson nationale. Il s'agit de lait de jument fermenté. Ne consommant jamais d'alcool, je ne peux pas trop vous décrire le goût mais le lait ressort également.

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Nous nous dirigeons alors vers le principal bâtiment en dur : le marché alimentaire. Le jouxtant, des étals et des containers constituant le marché aux vêtements. Les deux se tiennent quotidiennement et ne font pas trop de concurrence aux petits "supermarchés" aperçus jusque là.

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Devant cet endroit animé, la gare routière grouille elle-aussi d'animation. Des petits bus de 8 à 10 places emmènent les gens vers les différents quartiers. Le "recrutement" des clients se fait parfois à la criée ou en allant chercher les prospects directement sur le marché.

   Nous reprenons ensuite la route jusqu'à une combe entre deux collines. Des éleveurs démontent leur yourte pour déménager. Du bétail et d'autres yourtes se trouvent à proximité. Un petit cours d'eau incite l'un de nous à faire sa toilette. Cependant, des bulles blanches à la surface dissuadent le reste du groupe. En attendant que le déjeuner soit servi, je grimpe seul à une colline. A son faîte, la vue est cependant bouchée par un autre sommet encore plus élevé.

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Dans l'assiette, la surprise est de taille : le premier plat est une tête de mouton. Je goûte par curiosité une joue. C'est vraiment gélatineux. Pas terrible, je préfère tes beignets Tuya ! Le reste du repas est plus conventionnel.

   Après manger, la balade digestive est de courte durée. Nous passons d'abord devant les marques laissées par des yourtes après le déménagement : l'herbe est totalement couchée sur un disque de plusieurs mètres de diamètre. Un vieux balai gît dans les herbes.

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Un peu plus haut, une yourte est sur notre chemin. Dedans deux adultes et la mère de l'un d'eux attendent le médecin. La mamie de 90 ans est assise sur son lit en attendant le praticien. Le couple nous offre du fromage séché et du yaourt, signes de l'hospitalité mongole. Ils ont 4 enfants : 3 travaillent à la grosse usine d'Erdenet dont j'ai parlé précédemment, le dernier est encore étudiant. Quant à eux, ils veillent sur un troupeau de 400 bêtes. L'agencement de leur yourte est standard : de la viande sèche un peu partout ainsi que du fromage. En entrant, on aperçoit de suite le poêle dans lequel il ne faut pas jeter de déchet. Le feu est en effet sacré. A droite et à gauche, deux lits et une armoire.  Au fond, un meuble avec les photos importantes de la famille (mariage par exemple) ou des images religieuses. La préséance veut que la personne la plus respectable s'assied devant les autres et au fond de la yourte plutôt que près de la porte. Après quelques instants d'intense partage et de découverte de l'autre, nous nous retirons. Juste le temps pour les nomades de nous souhaiter un bon voyage (et de poser avec nous pour une photo). Eux, ils s'apprêtent à déménager de l'autre côté de la montagne dans quelques jours pour y trouver meilleure pâture.

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   Nous reprenons la route à travers une petite forêt couvrant les collines. En fin de journée, la piste prend le relais. Nous arrivons en fin d'après-midi à la montagne Uran Togoo, la "Montagne Elegante", et montons le camp sur le versant opposé.

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Puis, nous attaquons son ascension. Il s'agit en fait d'un volcan éteint culminant à 1686m. La pente est très abrupte. Malgré les chaussures de randonnée, nous ne manquons  pas de glisser. Cependant, l'effort en vaut la peine : le cratère mesure 500 à 600m de diamètre pour une profondeur de 50m. Il est partiellement couvert de sapins. Le soleil baissant à l'horizon rajoute à la beauté et à la sérénité du lieu. Sur le bord du cratère, des ovoos marquent les quatre points cardinaux. Quant à la vue, elle est extrêmement dégagée.

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La redescente est encore plus délicate que la montée : certains d'entre nous s'agrippent aux orties pour ne pas chuter. Personnellement, je préfère m'"écraser" en douceur contre les arbres.

   La veillée de ce soir est raccourcie à cause du froid. La température passe rapidement sous la barre des zéro degré. J'abrège donc ma promenade nocturne. Autre fait marquant, le silence absolu : pas un bruit n'émerge de la forêt. C'est véritablement une sensation impressionnante.

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30 octobre 2009

A la rencontre des nomades

Mercredi 9 septembre 2009

   Ce matin, nous descendons le volcan à pied. Il s'agit de le contourner pour retrouver la piste par laquelle nous sommes arrivés hier soir. Onon nous renseigne sur les animaux vivants dans les environs : biches, sangliers ... Nous traversons en premier lieu la forêt puis passons devant des bergeries.

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Nous nous retrouvons dans une vaste plaine. Sur notre chemin, encore des edelweiss. En nous retournant, la silhouette massive de l'ancien volcan se dresse et nous permet d'apprécier à nouveau sa hauteur et le fort dénivelé de ses flancs.

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   Sur ce, le convoi nous rejoint. Après quelques kilomètres de pistes, nous entrons dans une nouvelle plaine. Au loin, une famille de nomades commence le montage d'une yourte. Nous nous dirigeons donc vers eux pour prendre une leçon. Après quelques photos, nous pouvons même mettre la main à la pâte.

La première étape est le positionnement du plancher et le déploiement de treillis de 1,5m de haut. Ce seront les murs de la yourte dont les différentes composantes sont maintenues ensemble grâce à des lanières de cuir. En général, une yourte compte 5 treillis. Celles qui en comptent moins peuvent faire office de garde-manger ou de cuisine. Cette dernière est en effet souvent construite à part car la chaleur peut y être suffocante. Au contraire, pour les fêtes et événements exceptionnels, le nombre de treillis peut être supérieur.

Seconde étape : les deux piliers soutenant l'ouverture ménagée pour la cheminée. Une personne doit les tenir jusqu'à ce qu'elle soit arrimée au reste de la structure. A cette étape, on ferme le cercle entamé avec les treillis en positionnant la porte, face au sud. Les premiers cités viennent s'encastrer dans la seconde.

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Troisième étape : Dans la pièce servant d'ouverture pour le toit, de nombreux trous sont ménagés. Ceux-ci permettent d'y emboîter 80 lattes. A leur autre extrémité, elles reposent sur le sommet du treillis auquel elles sont attachées par de petits lacets en cuir. Il s'agit de la charpente qui immobilise l'anneau du toit.

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La quatrième étape nécessite du feutre. Pour le fabriquer, les animaux sont d'abord tondus pour récupérer la laine. Celle-ci est ensuite battue à plusieurs reprises en l'humidifiant régulièrement. Elle s'épaissit et se tasse durant cette opération jusqu'à devenir plate. Elle est alors enroulée autour d'un long cylindre que des chevaux tirent sur des kilomètres. Régulièrement, un arrêt permet de réhumidifier la toile qui devient ainsi du feutre. Il est alors déployé autour des murs de la yourte ainsi que sur la charpente. Cette toile permet d'isoler l'intérieur du froid et du vent. Une bâche en plastique assure ensuite l'étanchéité et est à son tour recouverte de feutre.

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Le feutre constituant les murs est alors étroitement ligoté pour ne pas offrir de prise au vent. Quant à l'ouverture du toit, elle est lestée par de lourdes pierres pendues au bout de cordes. Un autre système de contrepoids permet de fermer ou non l'anneau sommital en fonction des besoins.

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Dernière étape : l'aménagement de la yourte avec le poêle et les meubles. Ces derniers sont souvent importés de Chine malgré leur moindre qualité car ils sont moins chers. Le seuil et le sommet de la porte sont sacrés et ne doivent pas être heurtés en passant. La partie gauche est réservée aux hommes ou aux invités, la droite aux femmes ou à la famille car c'est de ce côté que se trouve la bouche du poêle.

Le montage d'une yourte demande environ une heure de travail à trois personnes tandis que le démontage prend moitié moins de temps. Il n'est pas rare que les voisins viennent donner un coup de main pour l'installation ou le déménagement.

La yourte pour laquelle nous avons donné un petit coup de main se trouve à côté d'une autre et de maisonnettes en bois.

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Elle est destinée à héberger les parents de la famille. Leurs enfants vivent justement dans les habitations voisines et s'occupent d'un troupeau de 300 à 400 bêtes. Avant leur installation sur ce site, ils étaient établis pour l'été à seulement un ou deux kilomètres. Leur migration permet de laisser le temps aux pâturages de se régénérer pour alimenter les nombreux troupeaux.

A l'image de cette famille, les différentes générations vivent en général les unes à côté des autres en ville comme à la campagne. Les parents entretiennent leurs enfants jusqu'à leur mariage où ces derniers peuvent prendre une yourte "à part" s'ils en ont les moyens. Mais la yourte coûte cher : 500€ environ pour une yourte d'hiver sachant qu'il faut changer le feutre du toit et des murs tous les 10 ans en moyenne. A la retraite, les rôles sont inversés et les enfants aident leurs parents de façon progressive.

Dans la yourte, les tâches intérieures sont dévolues à la femme tandis que l'extérieur est le domaine de l'homme. La première s'occupe donc de l'entretien, de l'alimentation, de l'accueil des invités, de la traite du petit bétail voire du gros ... Quant au second, il gère le troupeau des pattes longues, rend visite aux voisins, se déplace en ville pour vendre la production, démonte la yourte ... Les enfants peuvent aller chercher de l'eau au puits ou récolter l'argal (bouses séchées servant comme combustible). A l'occasion, ils peuvent aussi garder les bêtes.

En retour de notre "aide", nous pouvons déguster du fromage ainsi que de l'airag. Nous nous trouvons d'ailleurs dans la région d'où provient cette spécialité.

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   A peine avons nous repris la piste que nous marquons un nouvel arrêt pour la traite des juments. Celle-ci intervient 4 à 6 fois par jour (contre 2 fois pour les yaks par exemple). En l'espace de 10 minutes, 30 juments se succèdent. Pour ce faire, tous les poulains sont attachés à une corde. L'éleveur vient le détacher et le conduire à sa mère. Le petit commence sa tétée et au bout de quelques maigres gorgées, on le retire et le rattache. Pendant ce temps-là, les femmes nomades peuvent traire la jument.

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Le lait recueilli est ensuite versé dans un récipient couvert d'un "filet". Ce faisant de la mousse se créée sur le dessus, sèche et constitue une crème que l'on mange avec le fromage. En séchant 3 jours à l'air libre, le fromage devient aussi dur que nos fromages de brebis et son goût en bouche est très fort. Devant la yourte et sur le toit séchait justement du fromage déposé sur des plateaux. Un aigle n'a d'ailleurs pas hésité à venir se servir à deux reprises.

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Nous avons alors été invités à l'intérieur pour prendre une nouvelle collation intégrant le fruit de leur travail : fromage avec crème. L'airag, la boisson nationale, se fabrique à partir de la même matière première à laquelle on incorpore du ferment de yaourt et que l'on baratte très longuement.

 

Je profite de la description de ces deux rencontres pour décrire un aspect de la politique agricole dont m'a parlé Onon ultérieurement : l'aide extérieure.

Depuis la démocratie, les "agriculteurs" au sens large ne sont plus aidés par l'Etat ou les coopératives. Ils doivent se débrouiller seuls. L'aide autrefois fournie par les soviétiques a d'abord été substituée par des dons d'argent de l'Union Européenne. Cette solution n'étant pas viable, le soutien s'est métamorphosé : il a pris la forme d'une aide technique, de conseils, d'un suivi par le biais de Vétérinaires Sans Frontière. L'assistance financière a ainsi laissé la place  à un apprentissage de l'autonomie qui est bien plus porteur à long terme. Un exemple concret est la prise en charge par l'Etat de la vaccination des animaux tandis que les éleveurs payent le déparasitage. De plus, sur les conseils de l'UE, un plan biannuel a été mis en place pour mettre de côté des fonds pour le prochain déparasitage. Ce plan arrive à échéance en 2010.

L'aide s'étend également à d'autres secteurs radicalement différents : dans le domaine de la santé, un plan de réorganisation et de restructuration des hôpitaux des sums et des aimags est en cours afin de moderniser ces structures et d'offrir une meilleure offre de soin.

 

   Nous poursuivons notre périple sur la piste jusqu'à un cours d'eau appelé Hanuy Gol. Au sommet de la falaise sur laquelle nous nous trouvons, un busard se repose et surveille du coin de l'oeil nos véhicules surgis de nulle part.

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Après un large lacet, nous nous retrouvons au bas de la paroi rocheuse. A côté du nouveau pont désormais emprunté, un large pont en bois coexiste.

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C'est ce site qui est choisi pour le pique-nique. Ayant une heure devant nous avant de passer à table, nous retournons en comité restreint pour traverser le pont en bois.

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Je saute ensuite sur l'occasion pour prendre une première douche à l'eau courante. Après plusieurs jours à la lingette cela me fait le plus grand bien même si l'eau est plutôt "vivifiante".

Le repas est riche en protéines tant le coin regorge de nuages de moucherons. Mais nous y sommes déjà habitués car au cours des jours précédents de petits insectes nous fonçaient dans les yeux. Nous ne sommes pas non plus les seuls à nous arrêter dans le coin, une famille mongole prend son déjeuner au bord de l'eau.

 

 

   Durant l'après-midi, nous roulons pas mal car, avec le retard initial et la panne du troisième jour, nous ne somme plus très en avance sur le planning initial (qui est sacré chez certains membres du groupe). De plus, un vent assez violent balaie les vastes plaines. Pour autant, nous ne négligeons pas les pauses régulières :

  • auprès d'un lac dans une région où abondent les tombes de l'époque turque sur le même modèle que celles décrites lors du second bivouac.

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  • ravitaillement en alimentation et en essence dans un sum de l'aimag Khovsgol appelé Rashorant. Pour un petit bourg, il y a pas mal de monde qui y circule notamment des écoliers. Ceux aperçus au cours des jours précédents, à la différence de ces derniers, portaient l'uniforme de leur école. Les jeunes filles ont fréquemment un ruban dans les cheveux qui n'est plus obligatoire. Autrefois, il était de couleur blanche lors des fêtes, et rouge, vert ou rose le reste du temps.

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  • arrêt à un ovoo pour respecter le rituel expliqué précédemment.

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  • enfin, pause devant une tombe et une statue anthropomorphique de l'époque Hiong-Nu, ceux qui embêtaient tellement les chinois que ceux-ci ont dû construire la Grande Muraille. Le monument est couvert de drapeaux à prières bleus.

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En milieu d'après-midi, nous empruntons un col extrêmement raide dont la piste est réellement défoncée. Nous montons en première avec de grandes difficultés et la descente est tout aussi périlleuse. L'UAZ blanc doit d'ailleurs opter pour une autre piste moins risquée.

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Quelques kilomètres plus loin, nous aboutissons devant la Selenge où paisse un troupeau de chevaux.

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Pour la traverser, nous avons emprunté un pont de barges payant.

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En contrebas de celui-ci, nous établissons le bivouac du jour à proximité de la rivière.

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Au repas ce soir, nous avons en entrée des fruits frais mélangés à du yaourt à la fraise. Pas trop étonnant pour un début de repas lorsqu'on sait que les mongols ne consomment pas de dessert. Nous avons ensuite eu la chance de goûter des pâtes mongoles intégralement confectionnées par Tuya avec seulement de la farine et de l'eau.

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02 novembre 2009

Aperçu d'une nouvelle saison

Jeudi 10 septembre 2009

   La nuit qui se termine a été très froide. S'y est ajoutée une nouvelle invitée (la pluie), qui n'a pas troublé mon sommeil pour autant. En sortant de la tente, il fait gris. Peut-être une averse nous permettra-t-elle de voir des arcs-en-ciel au cours de la journée ?

Le petit-déjeuner du jour est constitué notamment de crêpes mongoles. Merci Tuya !

   Etant donné le léger crachin, pas de marche prévue ce matin. Nous nous engouffrons directement dans les fourgonnettes. Le sommet des collines est d'abord masqué par un plafond nuageux très bas. En gagnant de l'altitude (autour des 1500 mètres), la neige fait son apparition d'abord sur le tiers supérieur des reliefs puis ne cesse de descendre jusqu'à recouvrir de son manteau blanc toute la vallée. Un décor inespéré s'offre alors à nous : les troupeaux se déplaçant dans la neige, les gers saupoudrées de cristaux immaculés. C'est un autre monde qui se dévoile, une autre saison que nous pouvons découvrir. C'est tout simplement sublime !

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Nous filons à bonne allure mais ne soulevons plus de nuage de poussière à notre passage. Désormais, il s'agit de projections de boue.

   Nouvelle surprise à l'approche de Mörön, la grande ville du nord (120 000 habitants) : nous avons le droit à un fugace passage sur le bitume qui plus est d'excellente qualité. Etrange de ne plus être secoués malgré les précautions de notre chauffeur. Et après plusieurs jours de piste, dommage de voir la nature défigurée par cette traînée asphaltée.

A Mörön, nous nous rendons au marché de la ville pour laisser Tuya se réapprovisionner. Nous disposons d'une heure de temps libre en attendant. Ce marché présente la même configuration que celui d'Erdenet : une structure principale en briques où se vend l'alimentaire et des containers proposant étoffes, vêtements, livres, selles ... En fond sonore, des annonces en mongol : celles des chauffeurs de bus cherchant à avertir et attirer le chaland.

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Avec Antoine, Nelly et Pascale, nous vadrouillons ensuite dans les rues de la ville.

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   Etant données l'heure avancée et la météo capricieuse, le repas du jour est exceptionnellement pris dans une cantine locale. Nous pouvons ainsi manger les mêmes plats que les mongols (sans trop de concessions à nos goûts d'occidentaux) : soupe, thé salé au lait de jument et buuz. Le buuz est un ravioli cuit à la vapeur généralement garni de viande, plus rarement de légumes.

   Nous reprenons ensuite la piste vers le nord. Dans cette région, elle est en plus mauvais état que précédemment. Notre chauffeur repère soudainement des vautours et s'arrête net. Les autres n'auront pas cette chance.

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   Nous ne tardons pas à entrer dans le Parc National du Khövsgöl. L'entrée est matérialisée par un péage sommaire. Ceux-ci sont très répandus dans tous le pays. La taxe acquittée porte soit sur le véhicule soit sur le nombre d'occupants.

Nous traversons de temps à autre un lit de rivière asséchée.

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Plus tard, nous longeons un promontoire et nous arrêtons sur les hauteurs. En contrebas, la vue est splendide : une vallée aux multiples couleurs, une habitation et une yourte isolées, des jeux d'ombre et de lumière du fait du ciel couvert, une rivière serpentant ... Il s'agit de l'Egiyn Gol appelée plus communément "Rivière Nationale" par les mongols car c'est la seule qui s'écoule entièrement en Mongolie entre le lac Khövsgöl et l'Orkhon.

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   Peu avant d'arriver sur ce site, la Raleuse de notre véhicule a prononcé quelques malencontreuses paroles tout à fait déplacées à l'égard de notre chauffeur. A notre grande joie, la guide profite de la pause pour lui proposer de passer dans l'autre véhicule "un peu plus confortable". ;o) Débarrassés de ce "colis", l'ambiance dans la voiture s'améliore instantanément. Malgré la différence de langues, les plaisanteries et mimiques fusent  dans la fourgonnette. Nous encourageons le chauffeur à foncer et à prendre les nids de poule tout en jouant aux exaspérés ... Des liens se créent de fait entre les occupants du véhicule.

  Un peu plus loin, nous descendons dans la forêt lorsque des intonations de surprise me parviennent de la banquète de devant : ce que nous prenions  pour le ciel est en réalité le lac mais l'inclinaison de la pente nous induisait en erreur.

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Nous poussons encore quelques kilomètres avant d'établir le bivouac près de nomades, loin des camps de touristes et à la lisière de la forêt avec vue imprenable sur le lac. Par manque d'attention, nous commençons à dresser notre tente sur un "nid" de fourmis rouges. Constatant le fort trafic sur la toile, je m'aperçois de notre erreur et nous déplaçons notre abri de quelques mètres. Hélas, le terrain est plein de nids et quelques éclaireurs viendront m'"attaquer" durant mon sommeil (bande de lâches ! :o)).

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Pendant que nous montons nos tentes, une moto vient au bivouac et y dépose une femme. En une poignée de minutes, un magasin de produits artisanaux ouvre ses portes dans notre bivouac. Pendant que certains font des emplettes, je prends quelques photos des environs.

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Une nomade habitant dans le voisinage m'aborde et s'informe de notre périple en anglais. C'est la seule personne parlant la langue de Shakespeare que j'ai rencontrée durant les 3 semaines ! Je l'ai encore revue le lendemain avec son enfant dans les bras.

   Le soir après le repas, nous sommes plus que d'habitude pour la veillée à la lueur des bougies : nous faisons tous plus ample connaissance car demain c'est "journée de repos".

- Notre guide, Onon, a un prénom correspondant au nom de la rivière au bord de laquelle est né Chinggis Han. Lors de ses études, elle avait le choix entre trois langues : le français, l'anglais et l'allemand. Elle a choisi la première séduite par la musicalité de sa prononciation. Elle a appris notre langue d'abord à Oulan-Bator puis est partie en France pour parfaire son apprentissage. A présent, elle est guide touristique l'été et traductrice l'hiver. Avant, seuls une vingtaine de traducteurs étaient disponibles. Aujourd'hui, la concurrence s'accentue avec l'arrivée sur le marché de nombreux jeunes. Cependant ces derniers pâtissent encore de leur inexpérience face à ceux qu'ils nomment les "requins".

- Tuya signifie en mongol "rayon de soleil". Il est vrai que par sa bonne humeur constante, sa cuisine exquise (qui me fait goûter à tout même ce que je n'aime pas) et sa taquinerie envers notre chauffeur, elle créée une bonne ambiance dans le groupe. Elle a quatre enfants, le plus âgé ayant un peu plus de mon âge. A la saison morte, elle est cuisinière dans un restaurant d'Oulan-Bator. Elle est originaire de l'est, "là où le soleil se lève très tôt et se couche très tard" (c'est une région très plane).

- Nergui, notre chauffeur, est également taquin mais est un peu plus renfermé. Il a été DJ par le passé et travaillé désormais dans un garage durant l'hiver. Son prénom correspond à un événement malencontreux mais est cependant répandu en Mongolie;

- Erka, le chauffeur de l'autre Mitsubishi, a un diplôme de responsable culturel dans les aimags (provinces) et les sums (districts). Il vient de la même région que Tuya et est son beau frère. C'est quelqu'un qui semble être passionné par son pays et sait très bien le transmettre même s'il ne parle que le mongol. Son nom complet, Erdenebat signifie "Trésor Solide".

- Baska est né à Oulan-Bator mais sa famille est originaire du centre du pays. Il est le plus jeune de tous et est père d'un enfant. Il a une formation de géologue mais est devenu chauffeur. C'est la seconde fois qu'il parcourt ce circuit. Son prénom complet Baasandamba est un mélange de mongol (Baasan=vendredi) et de tibétain.

Tous travaillent pour l'agence AYAN TRAILS qui a fait son possible pour répondre à nos attentes et nous émerveiller. Ils ont réussi haut la main. Merci à vous 5 !!!

S'ils voyagent en Mongolie, cela tient principalement à deux raisons :

- s'échapper d'Oulan-Bator dont l'air est pollué par la centrale de charbon. Leur santé en est ainsi améliorée.

- ils n'ont pas la possibilité de voyager par eux-mêmes pour découvrir leur pays. En accompagnant les touristes, ils découvrent des coins qu'ils ne connaissaient pas auparavant. Néanmoins, ils sont souvent affectés aux mêmes circuits car ils finissent par connaître les pistes. Ils peuvent travailler avec différentes nationalités au cours de la saison.

   Commencée tôt, la soirée se termine vers 21h/21h30. Le froid est tellement vif que la tente a déjà gelée.

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Tout n'est que luxe, calme et volupté

Vendredi 11 septembre 2009

   A 3 heures, je me réveille brusquement : je ne sens plus mes pieds pas assez emmitouflés. J'ai donc passé un bon moment à les réchauffer. Finalement, acheter des chaussettes ou des chaussons à la vendeuse déposée hier soir au bivouac était une bonne idée ... que je n'ai pas pris la peine de considérer.

   Ce matin, le retard que nous comptions depuis le départ est enfin rattrapé. Au sortir de la tente, tout est blanc. Pas par la neige mais par le givre. Le lac Khövsgöl fume. Le paysage a changé depuis la veille.

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   Le rituel est aujourd'hui bouleversé car on passera une seconde nuit sur place. Pas de démontage de tente, c'est les vacances ! Au petit-déjeuner, Tuya nous confectionne un riz au lait. C'est toujours aussi bon !

   Nous partons en fourgonnette à la recherche de l'attraction du coin : une famille de Tsaatanes, les éleveurs de rennes, qui s'installe au bord du lac pendant la période touristique. Malheureusement pour nous, le froid les a poussés à repartir vers leurs contrées inaccessibles dans les montagnes. Nous ne les verrons donc pas. Grosse déception. Cette ethnie, aujourd'hui en déclin, perpétue également la tradition chamaniste. Le don du chaman peut sauter des générations. Pour se mettre en transe, ils recourent à la danse, aux chants et à la vodka. Ils finissent peu à peu par s'évanouir. L'esprit descend alors dans leur corps et répond aux questions qui préoccupent l'assistance. Aujourd'hui, de nombreux charlatans les imitent et abusent de la confiance de certains gens. Double déception ! Mais par rapport à tout ce que nous avons déjà vu et vécu et à ce qui nous attend, il ne me faut pas trop longtemps pour m'en remettre.

La guide nous propose alors une marche en forêt. La proposition est acceptée collégialement. Comme à Uran Togoo, nous pénétrons dans un "désert" sonore : pas un bruit n'émerge des alentours. Le silence. De temps à autre, en nous rapprochant du lac, nous entendons le clapotis des vagues sur la rive et le vent agitant les feuilles.

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Au sortir de la forêt, nous débouchons sur un camp de touristes (fermé à cette saison) et constitué de tipis. Ce type d'habitat est en fait une référence à l'habitat traditionnel des Tsaatanes. Cette ethnie, dont je viens de parler, se vêt de manteaux en peaux de rennes et vit dans des régions reculées et inaccessibles.

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Nous rejoignons notre campement en suivant la rive du lac et en croisant yaks et chevaux. Le lieu est grandiose.

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   Le lac Khövsgöl mesure 136km de long sur 36km de large. C'est le quatrième plus profond d'Asie Centrale (262m) et la dixième plus grande étendue d'eau douce de la planète. Il représente en effet 2% des réserves mondiales. Les mongols l'appellent "Mère" (comme beaucoup d'autres cours d'eau) par respect et en tant que lieu sacré. La pêche est d'ailleurs interdite. Il se trouve à 1624 mètres d'altitude et est totalement gelé entre décembre et fin février. Il constitue alors un raccourci appréciable mais dangereux pour les camions : 30 d'entre eux ont déjà sombré corps et âme d'après les rumeurs locales. L'hiver, le tourisme se développe également avec la possibilité de randonnées à chiens de traineau, idée importée par un français. En été, pendant la période soviétique, un bateau assurait la traversée. Il a ensuite été privatisé et a fait faillite. Depuis le nautisme est peu développé, juste pour les touristes (petite croisière, kayak ...).

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   Après déjeuner, nous voilà partis pour une activité en apparence banale mais qui, dans le contexte où je me trouve, me paraît bien plus enthousiasmante que bien d'autres. Elle finit même d'effacer la déception de ce matin concernant les rennes et les chamans. Nous allons prendre une douche ! Une vraie. La première depuis Oulan-Bator. C'est une occasion inespérée d'échapper aux lingettes et aux cours d'eau "vivifiante". Bref, quelque chose de très attendu par tout le monde. Ce matin, en passant devant le camp de tipis, nous avons demandé de mettre à chauffer l'eau. Verdict dans quelques dizaines de minutes car il faut y aller à pied et que le camp est à quelques kilomètres du bivouac. Je suis ainsi transporté dans une époque que je n'ai pas connue où l'eau courante à la maison n'existait pas.

Par galanterie, nous laissons les femmes en profiter en premier. Mais l'eau chaude est rapidement épuisée et une seule des quatre douches en délivre encore. J'en profite puisque je passe en dernier. Le pommeau ne fonctionnant pas, il faut se mettre à genoux sous un maigre filet d'eau chaude. Qu'importe c'est vraiment un luxe et un moment très agréable.

   Contrairement à Nelly, Pascale et Antoine, je souhaite beaucoup marcher à présent que je suis revigoré. Je retourne donc au camp à pied avec le reste du groupe.

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Je dépose au passage mes affaires au bivouac et pars à la poursuite de mes trois compagnons de voyage en longeant le lac. Je finis par les rattraper et leur avant-garde, un chien les ayant suivis presque tout du long, vient à ma rencontre. A partir de ce moment, il ne nous a d'ailleurs plus lâchés comme nous le verrons par la suite.

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Quant à nous, nous avons poursuivi jusqu'à une pointe où nous avons trinqué pour la Mongolie. N'ayant une permission que jusqu'à 19h, nous avons ensuite pris le chemin du retour accompagné de notre cerbère à quatre pattes.

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   Au repas, nous avons pu à nouveau goûter des buuz mais cette fois-ci fabriqués par Tuya. Pour la veillée de ce soir, nous nous retrouvons à 4 avec Onon. Super journée, super soirée !

Le temps est plus clément ce soir. A peine couchés, nous entendons des grognements et une bête farfouillant à proximité. Cela dure quelques minutes avant qu'une meute de chiens vienne attaquer l'animal mystérieux. S'en suivirent quelques couinements de part et d'autre, puis de nouveau, un silence absolu.

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03 novembre 2009

Cap au sud

Samedi 12 septembre 2009

   Cette journée marque un tournant dans le voyage : après avoir roulés jusqu'à la frontière russe (ou presque), nous allons à présent descendre sans cesse vers le sud et les grandes étendues du Gobi. Ce matin, Tuya concocte pour la seconde fois les délicieux beignets mongols. Nous commençons la journée par la traditionnelle marche matinale. Le chien qui nous a adopté suit toujours nos traces du moins tant que les fourgonnettes ne nous rattrapent pas.

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La nature environnante commence à se parer des couleurs de l'automne :

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   Nous prenons alors la même piste qu'il y a deux jours mais en sens inverse. Quelques détails ont changé comme la position des baraques des ouvriers rénovant la piste. Le ciel est également plus dégagé. Nous croisons une nouvelle nomade en train de déménager.

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La seule constante, ce sont les cahots. Mais serait-ce la même Mongolie, le même voyage s'il n'y en avait pas ? A choisir, je préfère une piste maltraitée par les caprices de la nature à une autoroute où nous pourrions rouler à tombeau ouvert ! C'est plus ma conception de ce pays.

   En fin de matinée, nous parvenons à Mörön où nous nous arrêtons pour faire le plein et quelques courses de ravitaillement. Peu après la sortie de la ville, mais à quelques encablures de celle-ci, nous nous arrêtons dans une vallée venteuse. Une rivière s'écoule au pied d'un massif rocailleux abritant à mi-hauteur une grotte. La palette de couleurs varie du blanc, au vert en passant par le gris, le rouille, le bleu azur du ciel ...

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Des écoliers, surgis de nulle part, grimpent sur les rochers pour atteindre l'entrée de la cavité. Tuya se procure quelques poissons auprès de pêcheurs du coin et nous les apprête rapidement.

   En guise de digestion, nous traversons la vallée durant 45 minutes en longeant les pistes. Là, un convoi de touristes nous dépasse. Dans l'autre sens, un minibus local relie les villes principales. Ce moyen de transport est prisé du fait de son coût modéré mais les trajets sont relativement longs. Il faut en outre que le minibus soit plein pour partir. Et, il ne rallie que les chefs-lieux de provinces. Il n'est donc pas adapté aux déplacements au sein d'une même province ou entre villages de provinces différentes.

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Bien qu'ayant pressé volontairement le pas, je n'arriverais jamais aux yourtes du fond de la vallée. En tout cas, pas à pied. Au moment d'être rejoins, un motard passe devant moi.

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L'après-midi, la piste s'élève et serpente sur les flancs des montagnes.

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Les paysages défilent. Le temps s'égrène. Le soleil baisse. Nous cherchons alors un bivouac. Le site retenu domine nettement les environs. La vue est splendide et les yourtes en contrebas ne sont que des têtes d'épingle. Le premier voisin doit être rudement loin ! A cause du vent, nous profitons de l'abri d'une bergeire pour monter nos tentes et les protéger. Nous lestons même la nôtre avec de grosses pierres.

A cette époque de l'année, les nomades laissent encore paître leurs bêtes librement. L'hiver, ils les rabattent dans ces bergeries en bois pour les protéger des caprices de la météo.

   Une fois installés, je pars avec Antoine découvrir la vue depuis un des sommets qui nous domine. La sensation d'immensité est incroyable, l'échelle est presque infinie. Sur le versant opposé à notre bivouac, se dresse une autre bergerie nettement plus délabrée.

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   Au diner, Tuya nous réserve une nouvelle surprise faite maison : le pain mongol cuit à la poêle ou talkh. Ce pain a un goût et une texture qui le rapprocherait d'une brioche ou d'un gâteau. Le boulanger à côté de chez moi pourrait en tout cas prendre une bonne leçon ou, en tout cas, y trouver de l'inspiration.

Pour le reste de la soirée, veillée autour des bougies jusqu'à ce qu'elles soient entièrement consumées.

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Parcourir les steppes mongoles en UAZ

Dimanche 13 septembre 2009

   Après la marche de début de journée, nous prenons la piste. Notre chauffeur Nergui s'arrête pour nous permettre de photographier un cheval tractant une charrette remplie de poutres.

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La matinée s'écoule rapidement et nous arrivons vers midi à côté d'un sum.

    Quelques courses et tours de roues plus tard, nous stoppons pour la pause déjeuner. Avec Nelly, Pascale et Antoine, nous mettons à profit l'heure de temps libre pour gravir le sommet le plus proche et un des plus hauts des alentours. La pierraille prend peu à peu le pas sur les herbages. Au sommet, la vue est une nouvelle fois dégagée. D'un côté, la ville que nous venons de traverser et dont on distingue bien les quartiers à cette hauteur. La plaine offre également un beau dégradé de couleurs. En contrebas, notre convoi est vraiment minuscule.

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De l'autre côté, des troupeaux broutent à flanc de "collines". Pourtant, de notre observatoire, il n'est constitué que de petits traits ou de petits points.

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Lors de la descente, je me laisse persuader par Antoine de tester l'UAZ. Depuis le temps qu'il me vante son extraordinaire voyage à son bord ! Et en effet, je vois et ressens la Mongolie tout à fait différemment : l'assise est bien plus haute, la place pour les jambes plus limitée, le bruit du moteur remplace les chants mongols de l'autoradio, les vitres sont à baisser en les poussant avec la main, l'air s'infiltre de partout car il n'y a plus de joint ... L'amorti  est par contre bien meilleur et je suis peu secoué. La vue sur les côtés n'est pas très dégagée et il me faut donc souvent regarder uniquement à travers le pare-brise.

Nous gravissons un col et marquons un arrêt ovoo à 2500 mètres. Celui-ci est doté d'un moulin à prières pour se distinguer des autres. Nous longeons ensuite un paysage forestier sauf que les arbres n'ont plus aucune feuille. Ce phénomène n'est pas dû à la saison car il s'agit d'arbres à feuilles persistantes. C'est en fait un parasite qui est responsable de ce désastre écologique touchant aujourd'hui la Mongolie.

Nous redescendons dans la vallée. La piste plonge littéralement au bord de la rivière encadrée d'un côté par le cours d'eau (Ider Gol) et de l'autre par une pente abrupte. Je descends de camion pour franchir un pont de bois à pied comme le reste du groupe. L'ingénieur n'est sûrement pas le même que celui du précédent pont entre Bulgan et Mörön mais l'ouvrage a également son charme.

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   Nous gagnons alors une petite ville, Jargalant, que nous devions juste traverser. Mais en franchissant un lit de rivière, l'UAZ s'embourbe (ça devient une habitude dans mes voyages). Après une demi-heure de distraction pour les villageois, nous sommes en mesure de repartir. Pour le reste de la journée, Baska est plus prudent lors de la traversée des rivières.

La poursuite de la route s'accompagne des mêmes éléments : traversées de forêts et de cours d'eau.

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Mais ceux-ci nous réservent parfois des surprises dans leur agencement comme ces cordons d'arbres sur les crêtes des collines.

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   Nous parvenons assez tard sur les rives du lac Blanc ou Terkhiin Tsagaan Nuur (2060 mètres d'altitude, 61km²). Nous le longeons pendant une bonne partie de ses 26 kilomètres de long, passons près d'un ovoo en bois en forme de tipi ou encore dans une brèche rocheuse digne de celle de Roland dans les Pyrénées.

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Le bivouac de ce soir est établi avec la lumière couchante au bord du lac, à proximité de nombreuses yourtes (touristiques ou non) et d'élevages. Avant le repas, quelques troupeaux rabattus par des nomades à cheval passent près de notre campement.

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Et comme de coutume, la journée s'achève avec les derniers crépitements des bougies.

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