Mercredi 16 septembre 2009

   Le lever ce matin est plus précoce étant donné que Tuya doit préparer le petit déjeuner. Cependant, j'ai déjà pu assister au lever du jour et à l'intensification de la luminosité dans la yourte. Le poêle rallumé, la température repart rapidement à la hausse. Pendant la préparation du petit déjeuner, je regarde le soleil apparaître au-dessus des collines et les reliefs changer de couleurs.

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Je donne également un coup de main à Tuya pour mettre la table et à Thierry pour démonter sa tente. Puis vient l'heure de déguster à nouveau les beignets mongols.

 

   Avant le départ, il reste un peu de temps; suffisamment pour assister à un spectacle insolite : une vache rentre sa tête dans une yourte voisine, renverse un récipient plein de lait et se met à en boire. Celle-là n'a sûrement pas compris son rôle !

Nous n'avons pas le temps de nous élancer pour la marche que nous sommes invités dans la yourte voisine pour un second petit déjeuner : fromage, thé au lait salé et pour ceux qui en veulent airag et vodka mongols.

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Après ce nouveau témoignage de leur bonté naturelle, nous faisons à peine quelques pas avant d'assister à la traite des khainag, ce croisement de vache et de yak qui donne plus de lait uniquement lors de la première génération.

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   Cette fois, nous voilà lancés d'abord à pied puis en véhicules. Au sommet d'une colline, Tsetserleg (1691m) apparaît en contrebas. Nous voyons très nettement le plan de ses différents quartiers qui abritent 110 000 habitants.

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Nous nous y arrêtons pour visiter un musée très intéressant dans l'ancien monastère de Zayiin Khuree. Ce lieu très riche présente de nombreux aspects de la vie nomade et mongole dans plusieurs bâtiments. C'est le plus intéressant du séjour à mon goût par la diversité des thèmes abordés : habitat, vie quotidienne, fêtes, ustensiles, habillement, personnages célèbres de la région (dont un cosmonaute) ...

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J'ai déjà abordé la plupart de ces sujets précédemment, je vais donc simplement m'attarder sur les fêtes dans ce paragraphe. Les deux principales au cours de l'année sont :

- les deux "Nouvel An" : occidental (dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier) et mongol (en février). A cette occasion, les anciens préparent environ 500 buuz et invitent leurs enfants et voisins. En contrepartie, ceux-ci apportent des cadeaux. Un feu d'artifice est également tiré dans la soirée. Il faut savoir à ce sujet que les années mongoles se comptent par soixantaine. L'an 2009 appartient à la 17ème soixantaine.

- le principal événement annuel se tient en juillet (du 11 au 13) et s'étale sur 3 jours. Il se tient dans tout le pays : à Oulan-Bator ainsi que dans les sums et les aimags. Il regroupe trois disciplines que sont la course de chevaux, la lutte et le tir à l'arc. De nombreux autres jeux se disputent en marge des festivités comme les osselets ou les fléchettes. A cette occasion, les gens mangent des beignets fourrés de viande.

   * La course de chevaux : ce sont les enfants qui courent car ils sont plus légers. La distance à parcourir peut avoisiner les 20 kilomètres voire les dépasser (elle est parcourue une première fois au pas ou au trot en guise de reconnaissance). Les chevaux de moins de 5 ans sont privilégiés car non castrés donc plus vigoureux. Les vainqueurs reçoivent sur la crinière et la croupe de l'airag. La foule tente de recueillir leur sueur ou au moins de toucher le lauréat pour puiser sa force.

   * La lutte est le sport national par excellence. L'objectif est de mettre l'adversaire à terre pour s'octroyer un titre (champion, aigle, éléphant, lion ...). La joute est précédée d'une danse de l'aigle qui se répète à la fin pour le vainqueur.

   * Le tir à l'arc requiert une distance de 75m entre le tireur et la cible chez les hommes. Pour les femmes, la distance est de 65m. Deux types de tirs sont pratiqués : soit dans un rectangle, soit sur cible. Les hommes disposent de 40 flèches contre 36 pour les femmes.

 

En quittant le musée pour le centre, je croise deux fillettes très amusées par leur photo :

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Nous gagnons ensuite le marché à pied pour nous ravitailler.

 

   En quittant la ville, nous avons eu le droit à notre première portion de bitume depuis bien longtemps. La vitesse atteint alors les 80 km/h en pointe contre 30 km/h le reste du temps. Nous dépassons deux occidentaux à vélo. Ils doivent quand même souffrir avec le vent. Puis, à proximité d'une rivière et d'un village, nous nous arrêtons pour déjeuner. Pendant la cuisson, nous allons voir ces deux "curiosités" locales.

   Après manger, nous avons le temps de marcher quelques kilomètres. Autour de nous, la poussière tend à être un peu plus présente. Sur cette route, il fait d'ailleurs vraiment chaud par rapport aux jours précédents. Nous apercevons à quelques mètres un nomade tenant sa perche-lasso. Au loin, un portique se dessine. Mais, une nouvelle fois, je n'ai pas pu l'atteindre à pied, les véhicules nous reprenant avant.

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   Cette après-midi, la piste nous conduit jusqu'à Harhorin, plus connue sous le nom de Karakorum. Chenggis Han fonda cette ville et y établit sa capitale en 1220 quelques années seulement avant sa mort. Son fils cadet et successeur poursuivit son oeuvre. Mais quelques décennies plus tard, un descendant du héros mongol, Kubilaï Han, déplaça la capitale vers la Chine qui le fascinait. Cela marqua le début du déclin de cette vaste cité commerciale où se côtoyaient de nombreuses nationalités et religions. L'Empire Mandchou vint d'ailleurs détruire la cité en 1380. Sur les ruines, le monastère d'Erdene Zuu (qui signifie le Temple Joyau) vit le jour au XVIème siècle (1586) lors de la renaissance du bouddhisme. Il était à l'origine ceint d'une muraille de 4 kilomètres. En 1792, 1000 moines y priaient. Il y avait alors 62 temples et 300 yourtes. Mais les mandchous puis les soviétiques ont également infligés de grosses destructions au monastère au cours de son histoire. Ses moines furent persécutés, enrôlés de force dans l'armée ou souvent massacrés. Depuis 1948, le lieu est protégé et depuis 1965, c'est un musée dans lequel subsiste peu de temples et quelques rares moines. Il est entouré d'une muraille blanche de 400 mètres de long comportant 108 stupas autrefois différents, aujourd'hui identiques depuis leur restauration en 1990.

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Autour du site, la ville de Karakorum ou Harhorin renaît de ses cendres. Quant au monastère, il est inscrit à l'UNESCO depuis 1996. L'extérieur est assez touristique : magasins de souvenirs et photos avec un aigle "kazakh".

   Rentrés sur le site par une des quatre grandes portes datant de 1743 (attaques de tribus hostiles), nous sommes pris en charge par une guide. Elle nous conduit d'abord à un petit temple créé en 1674 pour le 4ème dalaï lama tibétain. Cet édifice abrite notamment la statue du premier Bogd Han ainsi que la maquette du temple. Sur les murs, une tapisserie représente les 10 gardiens en guise de protection. L'ensemble de la structure a été assemblée sans clou.

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Nous contournons ensuite ce bâtiment pour nous diriger vers une petite enceinte. De part et d'autre de la chaussée, des barrières en bois constituaient une protection magique contre l'invasion d'autres peuples.

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Dans l'enceinte, 5 temples : deux tibétains assez sobres à gauche et à droite et trois chinois en face de nous (appelés Gurvan Zuu). De gauche à droite :

- Temple tibétain de gauche : il est dédié aux 10 gardiens et abrite une fresque originale non restaurée dessinée au XVIIIème siècle. Dans la salle du centre, 2 bouddhas sont représentés : celui de l'eau et celui de la chasse. Le second protège les chasseurs qui, par leurs actes, nuisent aux animaux alors que la réincarnation en de tels êtres vivants est possible. Enfin, la salle de droite abrite notamment un appliqué représentant la vie : les 365 jours correspondent à autant de lignes, les 12 mois aux 12 bras d'un personnage et les 4 saisons à 4 visages.

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- le temple chinois de gauche a été construit en 1586 comme les deux autres de son genre. Leurs toitures ne comprennent pas de clou. Ils sont dédiés à la prière et non à la lecture de prières par les moines. Le fidèle y est donc actif et non passif. Ce premier des trois temples est dédié au Bouddha de la vieillesse. Est aussi représenté un Bouddha demetria qui selon la légende reviendra à la fin des temps monté sur un cheval vert. La Terre se transformera alors en paradis. Des fresques murales décrivent également 18 jours de la vie du personnage. Au plafond, le dieu de la longévité est figuré tandis que sur les piliers des dragons protègent l'édifice.

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- le temple chinois du centre abrite le Bouddha de la jeunesse. Sont également présents quatre dieux protégeant le "saint" ainsi que ses élèves qui transmettaient les enseignements au peuple. Enfin, les statues ou représentations des 10 Gardiens dont une femme. Sur les murs, quelques masques rappellent les 108 exemplaires en papier mâché dédiés à la danse qui s'y trouvaient en 1710.

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- le temple chinois de droite abrite trois statues : le Bouddha de l'enfance, celui de la paix et le créateur du bouddhisme bonnet jaune. Au plafond, le Bouddha de la longévité.

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- le temple tibétain de droite est dédié au Bouddha de la longévité Ayush. Il comprend également 3 pièces dans lesquelles quatre moines font leurs prières. Dans la salle de gauche, des fresques figurent les cinq sens ainsi que l'arbre sous lequel a médité le Bouddha. Dans celle du milieu, une fresque représente l'enfer, le paradis et le ciel. Des animaux (oiseaux, chevaux, chiens, loups, vaches ...) mangent l'intégralité du corps des "bons" défunts tandis qu'ils laissent des morceaux des "mauvais". Enfin, la salle de droite abrite un Bouddha Ayush, une Tara blanche et une autre verte symboles de santé et de vie, de maturité et de jeunesse. Le tout est en cuivre et a été doré par les élèves du premier Bogd Han. Une tapisserie représente enfin 100 bouddhas Ayush comme signe de longévité.

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Au sein de cette petite enceinte, 2 stupas-mausolées ont été édifiés pour le créateur d'Erdene Zuu et son petit-fils.

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En sortant de cette enceinte, nous nous dirigeons vers une grande yourte dans laquelle des moines récitent des prières pour les fidèles qui les sollicitent. Ces derniers peuvent également venir sur le site avec des prières et faire trois tours du monastère en longeant la muraille.

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Enfin, après quelques autres bâtiments d'intérêt, nous terminons la visite par la découverte extérieure (il est fermé l'après-midi) d'un temple de style tibétain à 2 étages, le Lavrang. Il date du XVIIème siècle et n'est ouvert que le matin pour la prière.

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   Nous prenons alors de la hauteur sur une colline au sud du site. S'y trouvent outre un ovoo et un alignement de crânes, une tortue de la longévité en pierre munie d'une écharpe en tissu bleu. Et également quelques marchands ambulants ...

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A peu de distance de là, se dresse un immense monument représentant trois cartes de la Mongolie à différentes époques : Hiong-Nu, turque des VIème et VIIème siècles et empire gengiskhanides. Il s'agit d'un hommage à l'ancienne capitale construit en 2005.

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Arrivant de la ville, un cavalier en deel passe près de nous.

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Nous descendons alors à pied la colline par l'autre versant pour gagner notre bivouac du jour. Une rivière passant par là nous offre une troisième baignade/douche en trois jours. Par contre, ce luxe a été moins agréable que les autres jours du fait de la présence de nuages de moustiques.

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   Nous avons au dîner une sorte de feuilleté à la viande comme celui goûté dans la cantine à Mörön. Après la soirée habituelle, nous gagnons notre tente. A partir de 1 heure du matin, un vent violent, plus fort que celui du premier jour, se lève et secoue les tentes. Je finis néanmoins par me rendormir.